Personnification d’un phénomène naturel...

Vent de sable.

Après des kilomètres de course à travers les étendues mortes du Sahara, surfant sur les dunes, caressant délicatement les sommets brûlants, frappant violemment les massifs rocheux abrupts, arrachant sans vergogne les dernières plantes aux racines incertaines, J’entrevois enfin les premières pierres de l’oasis.

Reviennent alors à ma mémoire les palmiers qui composent mon terrain de jeu favori, la vieille tour, refuge de la vanité des hommes sur laquelle je me rue sans prudence, les murs en pisé sur lesquels j’exerce la rugosité de mon nuage de sable, les ruelles étroites qui me permettent d’enfler mon débit et montrer ma puissance. Je fais chanter les portes mal jointées des cases en pierres sèches, je m’amuse à faire grincer les gros clous qui tiennent leurs gonds, je guette la moindre aspérité pour siffler quelques notes stridentes. 

Depuis des milliers d’années, l’oasis vit au gré de mes humeurs, j’y fais et défais des reliefs, j’imprime dans l’esprit des hommes bleus du désert ma volonté opaque. L’oasis m’attend, je le sais, son eau frémit. J’éprouve toujours autant de plaisir à enfouir mon souffle vigoureux dans sa fine palmeraie humide et touffue. Je force ensuite mon passage vers le ventre de sable qui ouvre son espace sur la plaine, entre deux jolies dunes  bien rondes.

Les branches mortes de palmiers, trop vieilles pour me résister, les habits colorés oubliés par les femmes sur une pierre, les feuilles d’écoliers m’accompagnent pendant quelques temps et se répandent sur le sable comme une empreinte de mon passage. Le désert qui s’élargit, atténue ma vitesse, et le sifflement fait place à une ambiance sourde, pareille au grondement de la mer que j’atteindrai à la fin de ma course folle … J’utilise alors mes forces pour torturer le sol, sa surface lisse se raye sous l’effet des pierres abrasives que j’anime.

Je cherche un intrus à taquiner, et déjà j’entrevois une victime enveloppée, cheminant péniblement à la recherche d’un refuge. Mon objectif s’éclaire. Entourer l’imprudent de toutes parts, lui faire perdre le sens de l’orientation, le réduire à l’impuissance pour l’amener à stopper définitivement sa course. L’homme, pris dans ma nasse, prie son Dieu de le sauver, le supplie d’avoir la force de résister à mon étreinte mortifère. Son insistance à vouloir me braver m’agace et renforce ma détermination. Je me promets que l’homme n’atteindra pas l’abri qui le sauvera et que son corps finira calé dans un joli tumulus de sable que mon  souffle lui aura confectionné. S’il est vieux, il subira son destin avec fatalité, et acceptera l’honneur de tomber face un ennemi plus fort que lui. S’il est jeune, il regrettera son imprudence, et viendront après lui des hommes plus sages.


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