Rupture sentimentale.

Sam vient de me quitter après trois années de vie commune. Un moment dur à passer, alors dès que je trouve quelqu’un de compréhensif, je me confie. Désolée, mais aujourd’hui ce sera toi, je vais m’épancher sur ton épaule, et certainement renifler un peu. Par avance mes excuses pour ce laisser-aller, je te promets que ce ne sera pas long. Tu le sais bien, toi, que quand on perd un amour, on s’imagine dépossédé du droit d’être joyeux, d’avoir une vie faite d’autres personnes à aimer, à admirer.  Tu te rappelles ? Celui de la première fois, celui qui t’ouvre des voies intérieures inexplorées, celui qui te met en lévitation à la simple évocation de  l’Aimé, quand la moindre de ses absences te donne le vertige ? Eh bien tu vois, mes sentiments avec Sam étaient de cette nature. Toutefois, pour être honnête, Je ne peux pas dire que c’était totalement réciproque, Sam ayant souvent l’habitude de prendre de la hauteur vis-à-vis de mon obsession affective, mais dans un couple, c’est bien connu, il n’y en qu’un qui aime vraiment, mais on ne le sait qu’au moment de la rupture. Dans ma vie, Sam  comblait à peu près tout ce que je pouvais attendre, et je suis assez exigeante, rapport à une enfance un peu gâtée, une mère fusée, qui contente tes désirs avant même que tu les aies, et un père débiteur, ayant tant à se reprocher vis-à-vis de sa femme qu’il rattrapait sur moi sa dette d’attentions. Un parcours idéal pour devenir la proie d’un compagnon prompt à céder à tous mes désirs, et Sam l’a tout de suite compris… et surtout admis. Partenaire idéal, il avait une forme exemplaire, une anatomie parfaite, un ventre plat, une peau douce à laisser se balader les doigts. Idem du point de vue du comportement, patient et sans aucune lassitude dans ses attentes. Malgré le temps qui passait, il restait le compagnon du premier jour, fidèle dans son apparence, sûr dans ses jugements, imperméable à mes fréquents changements d’humeur. Imperceptiblement, nous sommes passés de la dépendance à l’attachement. Je me souviens bien de notre première nuit. J’avais peur, je redoutais son emprise sur mon corps fragile, une agitation incontrôlable sur mes sens incertains. Mais l’attitude de Sam fut exemplaire, il se montra très digne de ma confiance, doux, patient, attendant le moment de me montrer l’étendue de sa connaissance en matière d’amour. Pour ne pas prendre de risque, je le couvrais d’une enveloppe protectrice, douce, pour que mes doigts fins puissent y générer des réactions, et croies- en mon expérience, elles ne se valent pas toute, il faut savoir y mettre le prix. La nuit, nous passions de longs moments ensemble, repoussant sans cesse le moment de mettre fin à notre étreinte, et ce n’est qu’avec sa douce chaleur sur ma joue que je finissais par m’endormir. La journée, marchant ensemble, il m’arrivait de caresser discrètement sa protubérance, faisant monter en moi une excitation coupable et, une fois rentrés à la maison, nous reprenions notre relation effrénée en nous affalant sur le premier divan rencontré. Une vraie symbiose. Nous vivions des jours heureux, dans notre bulle, mon petit appartement parisien. Mais toute histoire a une fin. L’amour ne dure que trois ans a dit un auteur inspiré. C’est le temps qu’il a fallu à Sam pour disparaître sans laisser de traces. Des journées à attendre un signal, une preuve de vie. Rien, pas un seul indice de sa présence, pas une marque de son passage. J’ai fait appel à ma mémoire, retracé les endroits où nous étions ensemble pour espérer l’y retrouver. J’ai utilisé des moyens divinatoires, passé des heures sur internet pour trouver un indice. L’évidence se faisait de plus en plus jour, une copine me l’avait sans doute détourné un jour où je lui avais manqué d’attention. J’eus cette certitude quand une d’entre elles (je tairais son nom par égard pour notre amitié passée) essaya de me convaincre de le remplacer, de l’oublier et de surfer sur une application pour en trouver un autre. Une horreur ! Photos fugaces, messages trompeurs, conquête rapide, désir immédiatement assouvi, plongée immédiate dans une relation, sans aucune précaution. Tout ceci ne me ressemble pas. Adolescente déjà, je voyais se faire et défaire les relations de mes amies avec gêne, dégoût. Peut-être suis-je d’une autre époque, un temps qui ne reviendra plus, celui où l’on attendait longtemps, on découvrait lentement l’objet du désir, et on s’enfonçait doucement dans le  plaisir de vivre avec un nouveau compagnon.

Eh bien Sam, tu fus le premier et tu seras le dernier ! J’apprendrai à vivre sans toi et tes semblables. Je reprendrai goût à la vie, aux fleurs inconnues, aux nuits étoilées sans artifice, aux vieux livres, aux questions sans réponse lors des repas de famille, aux cartes routières, aux nuits silencieuses. Je t’ai perdu mais je suis soulagée. Tu peux rester où tu es désormais, Monsieur Sung…

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