Conte sur la beauté immortelle...

Etoiles des neiges. 

Les civilisations primitives ont, depuis des millénaires, offert des sacrifices aux esprits divins de la nature pour s’assurer les faveurs d’un retour à la normale après un accident climatique, de mauvaises récoltes, des maladies. Depuis la nuit des temps, l’homo sapiens, envahissant le monde, a répandu cette habitude, et c’est d’ailleurs pour cela, pour sa manière de traiter avec les éléments, que nous l’avons qualifié d’homme sage, en comparaison avec l’être brutal qui l’aurait précédé sur la terre, l’homme de Néandertal.  Dans toutes les civilisations, les exemples de sacrifices animaux ou même humains sont légion. Les plus cruels sont certainement ceux observés en Amérique centrale, chez les Aztèques ou les Mayas, où les sacrifices humains étaient couramment pratiqués. Le Templo Mayor de Mexico, à lui seul, a vu le sacrifice de milliers d’hommes au cours des siècles, et leurs crânes y sont encore visibles. Tous ces sacrifices ont alimenté la curiosité des historiens et ethnologues par leurs variétés et spécificités, mais rien n’égale en finesse et délicatesse ceux qui furent pratiqués au Japon dans les temps anciens. Ainsi, on raconte que, dans l’île d’Hokkaido, la neige, qui ne quitte quasiment jamais le sommet des montagnes, était personnifiée par une sorcière symbolisant la puissance et la peur. Les récits qui sont arrivés jusqu’à nous par la tradition orale, décrivent des luttes incessantes entre la sorcière des neiges et la déesse du soleil, Amaterasu, la plus haute divinité de la mythologie japonaise, prenant les humains en otage de leurs combats. Les colères de la dame des neiges, telle que parfois appelée, se traduisaient essentiellement en tempêtes et avalanches dévastatrices. Une légende raconte que lorsque l’une d’elles avait emporté des habitants, les populations organisaient des cérémonies de prières pour pacifier sa fureur. Mais quand toutes leurs suppliques avaient échoué pour apaiser la sorcière, ils offraient en sacrifice une jeune fille, incarnant la pureté face à la cruauté. Les villageois se mettaient alors entièrement en quête de la plus capable de la calmer. L’élue devait être non seulement belle, mais d’une pureté de corps et d’âme irréprochable, sa peau devait avoir la couleur la plus blanche possible, son caractère devait être le plus doux, notamment pour ne pas s’emporter dans un dialogue qu’on imaginait difficile avec la sorcière. Loin de créer de l’effroi auprès des demoiselles concernées par une telle destinée, le choix était vécu parmi la gent féminine comme un vrai honneur. La sélection de l’élue était un long processus, dans lequel les jeunes filles devaient non seulement exhiber leurs formes mais aussi démontrer leur éloquence. L’ensemble du village était invité à participer au choix, qui pouvait durer plusieurs semaines. Une fois élue, la jeune fille était alors traitée comme une reine, avec une déférence que seul l’empereur dans son palais lointain, devait connaître. Le jour retenu pour la cérémonie, la jeune fille était parée d’une magnifique robe blanche, ses cheveux étaient déliés et parfumés, puis elle était portée en procession sur un lit de glace, où la neige viendrait la recouvrir délicatement jusqu’à la faire disparaitre complètement. Malgré la morsure du froid, la jeune fille se devait de rester totalement immobile, incarnant ainsi la fierté de ses parents Quand sa forme avait silencieusement disparu sous une épaisse couverture blanche et douce, les habitants regagnaient le village en espérant que l’élue pourrait dialoguer avec la dame des neiges, et apaiser ses colères. Si elle parvenait à ses fins, on prédisait pour elle une place de choix dans les étoiles du ciel. Les sacrifices arrivant souvent tard dans l’hiver, il était fréquent que les tempêtes et avalanches se calment d’elles-mêmes, et rares furent les jeunes filles qui ne réussirent pas leur mission. Ceci doit expliquer la profusion de belles étoiles dans le ciel nippon, et la vénération dont elles font l’objet dans cette partie du Japon. Cette légende est revenue en mémoire des anciens assez récemment, quand fut retrouvée une jeune fille magnifique sous une couche de glace. Le jeune homme qui l’a découverte était tombé dans une crevasse, qu’il s’était mis à explorer en attendant les secours. En milieu de journée, alors que le soleil venait frapper le centre de la crevasse, il découvrit le reflet du visage d’une jeune fille, d’une beauté incroyable, vêtue de blanc, qui fit fondre son cœur fragilisé par sa faible condition physique. Une fois secouru grâce à une corde jetée par des sauveteurs, personne ne voulut le croire, mais une mission fut toutefois organisée pour vérifier ses dires. La jeune fille était bien là, regardant de ses beaux yeux les hommes incrédules au travers de la vitre qui la couvrait depuis des siècles. Eblouis par la vision, et afin de ne pas troubler le sommeil éternel de la belle endormie, il fut décidé de la laisser en paix dans son dialogue avec la neige.

 

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